Setna -Album Cycle I - Label Soleil Zeuhl - 2008

Voici un beau projet auquel j'ai contribué...

Un deuxième album vient de sortir

avec un superbe chanteur...

Belle Vie à SETNA avec qui j'ai beaucoup appris...

A découvrir !

Ce nouveau groupe français sort enfin son très attendu premier album. Le CD est constitué d’un long morceau séparé en plusieurs parties. Le line-up est classique, avec une superbe voix féminine. On navigue entre des climats sombres et d’autres sereins avec une voix cristalline. Aux frontières du Jazz, de la Zeuhl, de la Pop et d’ambiances atmosphériques. Un CD à être écouté, ré-écouté pour révéler sa magie. Digipack.

 

Amis du jazz, de la zeuhl et des musiques ambitieuses, Setna vient de composer pour vous une petite merveille qui devrait prendre sereinement sa place dans la liste des meilleurs albums de 2008. Émanation du collectif Sésame, ce groupe français ne restera pas inconnu bien longtemps tant il franchit l’exercice du premier album avec un brio et une finesse réellement surprenants.

Pour décrire Cycle 1 il faut imaginer une vaste et fascinante méditation sur l’éveil spirituel où chaque note, chaque mélodie semble habitée d’un sens étonnant de la profondeur et du mystère. Reconnaissons que ce type de concept a produit plus d’assommantes naïvetés musicales que de grands disques. Seulement, loin du flux monotone et ennuyeux des affectations New-Age, Setna a eu le talent de développer une vraie pulsion et une émulation poétique, plus proches de certaines œuvres emblématiques de Sun Ra, (comme l’illustre Lanquidity), que des voies éthérées des enfants de Popol Vuh. Les amateurs du « philosophe cosmique » sauront apprécier.

Sur la forme comme sur le fond, cette thématique mystique de Cycle 1, évidente ne serait-ce qu’à travers les titres de l’album, est traitée avec une grande justesse en laissant percer, en toute logique, un univers plus conflictuel et plus énergique qu’il n’y paraît. C’est que le travail spirituel n’est pas une mince affaire et que les mollesses mystiques n’y sont pas plus bienvenues que les violences du monde matériel. Aussi, à partir du titre « Intuition », nous sommes emportés peu à peu vers des contrastes rythmiques plus marqués et un traitement instrumental plus dense. La voix de Natacha Jouët, proche de celle de Petronella Nettermalm, y fait des merveilles. L’album s’achève alors sur « Unité », sans conteste le fleuron de l’album et qui possède un tempérament plus typiquement Zeuhl. Fusion parfaite et très charnelle entre le jazz et le rock, ce titre a la particularité d’être en plus rehaussé d’un solo exceptionnel du guitariste James Mc Gaw, musicien de Magma et One Shot, entre autres. Un vrai frisson parcourt cette plage.

La Zeuhl, décidément, n’en finit pas de se revivifier depuis plus de quarante ans ! Mais pour aborder sainement la musique de Setna, il vous faudra oublier les habituelles saillies sauvages de Magma et vous laisser immerger par une expérience sonore impossible à segmenter. Aussi légère et pénétrante qu’une pluie fine, souveraine dans son pouvoir d’édification, la musique de Setna vous convaincra que, tout en redonnant de la beauté à la musique, on peut lui redonner également un sens. Une vraie merveille.

Christophe MANHÈS (progressia.net)

 

Ce sextette rouennais, mené par le batteur-compositeur Nicolas Candé, s’est fait remarquer pour la première fois en 2004 en diffusant quelques bribes prometteuses de ses premières répé­titions, générant un « cyber-buzz » considérable auprès des amateurs de progressif tendance zeuhl et/ou Canterbury. Des avant-goûts allé­chants, mais frustrants, dont il fallut attendre la prestation de Setna aux Tritonales 2005 pour évaluer la pertinence.
De ce concert, on aura gardé une impres­sion globalement positive, mais avec néan­moins quelques réserves. D’un côté, des qualités musicales plus que certaines, que ce soit au niveau de la compétence instrumen­tale, de certains thèmes marquants ou, plus globalement, d’une proposition artistique aventureuse et ambitieuse, sorte de suite à rebondissements d’une quarantaine de minutes. De l’autre, le côté un peu téléphoné et complaisant de la mise en vedette à tour de rôle de chaque musicien, et surtout cette décision de jouer dans une quasi pénombre, que d’aucuns auront pu interpréter comme prétentieuse.

Trois ans et quelques ajustements de personnel plus tard (deux nouveaux prépo­sés au chant et aux vents), voici enfin le premier album de Setna, sur le label Soleil Zeuhl d’Alain Lebon ressuscité pour l’occa­sion (c’est une autre bonne nouvelle). De la première écoute, on retient l’impression d’une réalisation extrêmement soignée à tous points de vue, au point que l’on pourra trouver suspecte cette perfection sans aspé­rités. L’univers sonore est très familier, ancré dans une esthétique très seventies, quelque ­part entre Magma et Soft Machine époque Six, avec cycles entrelacés de Fender Rhodes, ce soutien rythmique subtil et dis­cret, déclinant des métriques le plus souvent impaires, et le rôle mélodique tenu tour à tour par le chant, le sax soprano et le synthéti­seur.

Ce qui trouble, par contre, c’est l’atmo­sphère générale paisible et méditative, privi­légiant la répétitivité doucement hypnotique aux emportements électriques qui sont habi­tuellement les points culminants de ce style de musique. Certains auront par conséquent l’impression qu’il manque ici l’essentiel, que Setna passe ces cinquante et quelques minutes à préparer le terrain à une apothéo­se qui ne vient jamais. De fait, l’un des moments, voire LE moment, où le groupe se « lâche » le plus sur cet album, c’est la plage introductive. Pas besoin d’être extra-lucide pour comprendre que Setna a voulu tenter autre chose.

Cette impression générale de sérénité remet en perspective ce qu’on avait pu prendre pour une posture prétentieuse, révé­lant quelque-chose qui s’apparente plutôt à une forme de mysticisme. On le perçoit dans cette façon de construire avec une infinie patience des progressions dynamiques qui alternent phases de sur-place et lents cres­cendos. Le mouvement peut parfois sembler imperceptible si l’on ne s’immerge pas com­plètement dans la musique, si l’on refuse de se soumettre à son pouvoir hypnotique. On trouvera alors les treize minutes du troisième morceau, « Intuition », frustrantes, pour ne pas dire interminables, et l’on attendra la seconde moitié de l’album, à partir de « Conscience », où l’écriture gagne en densité et en consis­tance, pour que l’enthousiasme commence à l’emporter franchement.

Que l’on soit dans l’un ou l’autre de ces deux cas de figure, le bien-nommé « Unité », dont les onze minutes concluent les festivi­tés, saura faire l’unanimité autour de lui. Setna bénéficie ici d’un renfort de choix en la personne du guitariste de Magma et One Shot, James Mac Gaw, dont le chorus orchestre une irrésistible montée en puissan­ce tout au long de la première moitié du mor­ceau, qui nous emmène d’une entrée en matière quasiment free à une phase finale éblouissante où le Moog prend le relais avec tout autant de brio.

Finalement, ce très beau disque, que l’on aurait été tenté de présumer réservé aux seuls amateurs d’avant-prog, révèle un potentiel fédérateur inattendu qui le destine tout autant, sinon plus, à ceux d’un progres­sif plus classique. Mélodieuse, envoûtante hypnotique, intemporelle dans son esthé­tique, la musique de Setna affirme ainsi sa singularité, dans un juste milieu sans com­promission entre deux qualités que l’on a décidément tort de penser contradictoires : l’accessibilité et l’intégrité. Une confirmation donc, que l’on pourra bientôt vérifier sur scène, puisque Setna sera de retour au Triton le 18 juin, en double-affiche avec les Italiens de DFA (alléchant, non ?), dans le cadre des Tritonales 2008.

Aymeric LEROY, BIG BANG n° 69, juin 2008

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Cycle I - Setna

Nicolas Candé (batterie, compositions) ; Christophe Blondel (basse) ; Florent Gac (Fender Rhodes) ; Nicolas Goulay (Rhodes et minimoog) ; Guillaume Laurent (saxophone soprano) ; Natacha Jouët (voix)...

Soleil Zeuhl

 

 

Surtout, ne pas se tromper d’histoire ni même commettre l’erreur d’attendre de ce disque une quelconque réplique à l’éruption incandescente et néanmoins kobaïenne de Magma. Au risque d’être fort déçu...

Car au vu du pedigree de Nicolas Candé – leader, compositeur, batteur du groupe Setna, né voici quelques années mais en évolution depuis 2004, et qui publie aujourd’hui un premier disque intitulé Cycle I – un musicien qui connaît son Christian Vander illustré sur le bout des doigts -, la tentation est grande de croire que la musique de ce jeune Normand et de ses amis s’inscrit dans la lignée d’une formation bientôt quadragénaire, qui le hante forcément depuis sa jeunesse (ce qu’il sera le premier à reconnaître).

Une attente pour certains d’autant plus marquée que quelques indices supplémentaires pourraient laisser entrevoir une filiation directe avec leur groupe chéri : présence de James Mac Gaw, guitariste de Magma, sur « Unité », belle composition finale du disque ; diffusion de l’album sur un label dont le nom, Soleil Zeuhl, est en soi une revendication magmaïenne ; choix de couleurs sonores dont la peinture en évoquera d’autres, avec mise en avant d’un voire deux Fender Rhodes, d’une basse grondante (qui évoque parfois celle du Jannick Top de « Köhntarkösz » sur la composition « Connaître » mais aussi celle de Hugh Hopper sur les premiers albums de Soft Machine), et d’un drumming polyphonique (d’une remarquable discrétion, le batteur ne cherchant jamais à écraser le reste du groupe) ; paroles chantées dans une langue inconnue aux intonations mystérieuses (dont la douceur féminine évoque cependant plus Ellul Noomi [1] ou le chant des « Northettes » [2] que le guttural et viril kobaïen). De plus, le groupe participera bientôt à un hommage à la musique de Christian Vander...

Et pourtant… Durant une heure, là où Magma crache une lave brûlante et multiséculaire et vous prend à la gorge, Setna vous embarque pour un voyage en eaux calmes où la nuit sur l’océan cède peu à peu la place aux lueurs du jour sans que jamais le bateau menace de chavirer. On pourrait souhaiter une tempête, une houle menaçante, le danger, la peur… Mais si le vent souffle parfois dans les voiles de l’embarcation, jamais celle-ci ne semble près de se retourner et de précipiter ses passagers dans l’abîme. Et celui qui est du voyage ressent très vite les bienfaits de la respiration à pleins poumons...

Les forums de musique dite « progressive » bruissent d’une certaine déception : ce disque serait trop mid-tempo, trop monochrome, pas assez ceci, trop cela… Mais, plutôt que de minauder, ne conviendrait-il pas ici de lancer un appel général et durable à l’écoute réitérée ? (Appel qu’on pourra appliquer à toutes formes de musiques d’ailleurs, en cette ère de zapping permanent où tout doit être consommé en quelques instants…) Parce s’il est effectivement aisé de passer à côté de la musique de Setna au premier coup d’oreille, il semble que son piège délicat se referme assez vite dès lors qu’on choisit d’y revenir en laissant s’installer ses nuances subtiles. Retenue, sobriété et sincérité : tels sont peut-être les trois maîtres-mots de la démarche artistique de Nicolas Candé.

On peut tenter l’exercice consistant pour commencer à se concentrer sur le jeu de batterie : goûter les caresses sur les cymbales, guetter ce drôle d’instant qui précède la frappe des peaux, les frisés délicats sur la caisse claire… Il y a là un travail de musicien inspiré et conscient, qui mérite d’être souligné. Après cette première découverte, prêter une oreille nouvelle aux entrelacs savamment tissés par le Rhodes et le minimoog, apprécier les volutes apaisées d’un saxophone soprano dense sans jamais hurler (« Intuition » ou « Connaître ») ; à défaut de confondre le chant de Setna avec celui des sirènes, on se laissera séduire par le chorus de guitare rageur de Mac Gaw sur « Unité » : il emporte ses compagnons d’un jour vers des contrées qui, sur la fin, évoquent le meilleur de Santana à l’époque du mystique et indémodable Caravanserai.

Il est bon de préciser que Setna n’est pas Magma non plus sur le plan philosophique : là où Vander prône une sorte de dissolution verticale du moi qui doit « s’évanouir dans l’espace » de la célébration d’un être supérieur omniscient détenteur d’une vérité, la quête de Nicolas Candé est tout aussi intérieure mais vise plutôt l’accomplissement personnel ; elle dessine un chemin de vie pour l’individu qui donne son sous-titre au disque : De la pénombre à la conscience. Musique de l’éveil et de la lumière, la mélodie de Setna vous prend par la main plus qu’elle ne vous désigne comme un terrien condamné.

Mais faut-il vraiment se lancer dans le jeu des comparaisons et des filiations ? S’il est vrai qu’on dessine d’autant mieux l’avenir qu’on connaît son passé, ses origines, la musique de Setna, bien qu’héritière d’autres nobles courants (au centre desquels celui de l’Ecole de Canterbury et ces groupes somptueux que furent Caravan (le climat d’« Ouverture » évoque celui de In The Land of Grey and Pink), Hatfield & The North ou National Health) existe en elle-même et se révèle des plus prometteuses. C’est l’essentiel.

 

 

[1] Sextet vocal auquel participe en outre Antoine Paganotti, ancien chanteur de Magma

 

[2] Nom donné aux choristes d’Hatfield & The North : Amanda Parsons, Barbara Gaskin et Ann Rosenthal

par Denis Desassis // Publié le 10 avril 2008

 

 

 

 

 

Formed officially in April 2004, Setna's roots go back to 2001 with the groups Badjada and Gilles Wolff's jazz quartet where some of the future band members got to play and jam together at the Bâteau Ivre in Rouen (north of France, in Normandy). With its formal inception the band began practicing and composing music, and played these in various concerts they gave during 2004-5 ("Gare aux Musiques" in Louviers, MJC Rouen-Gauche, "Les Tritonales" Jazz festival). In 2006 two new members joined the group, vocalist Natacha Jouet and soprano sax player Guillaume Laurent. The new lineup re-wrote their existing music and played in "Terraces du Jeudi" festival in Rouen in July.
In the fall of that year Setna entered "Gare Aux Musiques" studio to start the recordings of the coming Cycle I album. The recording had two guest musicians in the form of James Mc Gaw (guitar, Magma) and Benoit Bugeïa (fender Rhodes). The album Cycle I was released through Alain Lebon's Soleil Zeuhl label in 2007. It features gentle and smooth jazz tracks alongside zeuhl; and ethereal vocal line from Natacha Jouët. This is a toned-down zeuhl/jazz album but not devoid of impact.

==Assaf Vestin (avestin)==

 

ENTRETIEN : SETNA

 

 

Origine : FranceStyle : Zeuhl / CanterburyFormé en : 2001Composition :Nicolas Candé - batterie, compositionBenoît Bugeïa - Fender RhodesChristophe Blondel - basseNicolas Goulay - Fender Rhodes, MinimoogGuillaume Laurent - saxophone sopranoNatacha Jouët - chantDernier album : Cycle I (2008)

Il aura fallu près de sept années de gestation avant que Setna n’accouche de sa première réalisation studio, Cycle I. Entre zeuhl aérienne et jazz canterburien, cet album est d'ores et déjà considéré comme l'une des plus belles réalisations de l’année. Nous avons pu rencontrer le groupe juste avant qu’il ne monte sur les planches du Triton. Détendu et particulièrement positif, Setna ressemble à sa musique : aussi profond et sincère que simple et accessible.

Pouvez-vous brièvement nous parler de l’histoire du groupe ?
Nicolas Candé : Il faut remonter en 1993, quand j’ai eu la chance de voir Magma en concert pour la première fois au Bataclan. J'ai revu à cette occasion un ami violoniste qui aimait jouer dans cette mouvance rock progressif. Il a d’ailleurs composé certaines des mélodies qui se trouvent au début de notre album. À la sortie de ce concert, nous étions très enthousiastes et nous nous sommes dit que cette musique méritait d’être perpétuée. Nous nous sommes promis qu’en rentrant à Rouen, nous ferions quelque chose ensemble allant dans ce sens-là. Nous avons donc monté un petit groupe, bien que nous nous sommes vite rendu compte que nous manquions de moyens techniques et de culture pour jouer ce genre de musique. Nous avons alors conservé des traces de notre travail en espérant pouvoir nous en servir un jour.

Quand on lit sur votre site la description de votre parcours, on comprend clairement que vous accordez une grande importance à la recherche de la maturité musicale.
Je crois qu'il faut éviter de se tromper pour un premier album. Cependant, avec ce genre d’exigence en tête, on pourrait ne jamais sortir de disques. Ce travail a vu le jour car il était attendu depuis longtemps par un public qui nous connaissait, et que nous commencions à prendre confiance dans notre propre répertoire.

Quelle est la raison d’être d’un groupe comme Setna ?
C'est un mystère. Dans le présent, il y a ce qu’exprime le disque. Il faudra donc l’écouter pour le savoir. Nos disques exprimeront-ils la même chose par la suite ? Je ne sais pas.

Le mot-clef qui pourrait résumer le groupe, ne serait-ce pas finalement « progression » ?
Ensemble : Bravo ! (rire général – NdlR : Il est fort notre Christophe, hein ?).

Comment définiriez-vous votre musique ?
Nicolas Goulay : C’est assez compliqué au premier abord. Nous possédons une sonorité qui se rapprocherait de la zeuhl. Il y a toutefois un aspect certainement plus léger, peut-être même « canterburien » même si l’on ne retrouve pas dans les textes de Setna l’humour qui caractérise le plus souvent ce genre. A mon avis, on est plus proche de la Canterbury que de la Zheul…
Nicolas Candé : Ah oui ?
Nicolas Goulay : Oui. Je trouve par exemple que le jeu de Nicolas Candé baigne dans une teinte jazz qui donne toute sa légèreté au son de Setna, surtout si on le compare à celui de Magma !

Finalement n’y a-t-il pas dans la Zeuhl comme un principe masculin idéalement incarné par Magma et celui, féminin, davantage incarné par Setna ?
Benoît Bugeïa : Pour moi c’est quelque chose comme ça.
Nicolas Candé : Le nom du groupe a été conçu comme un prénom féminin. Et effectivement, notre musique est plus réceptive qu’affirmative. Dans les années soixante-dix, quand existait la guéguerre entre Gong et Magma, les premiers identifiaient leur musique de la même manière.

Il est évident que vous abordez la musique comme quelque chose de sacré.
Nicolas Goulay : Je dirais spirituel.
Nicolas Candé : Mais quelle est la définition de la spiritualité ? Selon moi, il y a surtout pour la musique l’obligation de « ne pas se déplacer pour rien ». C’est ce que disait Christian Vander à propos de sa cymbale : « Si je joue de ma cymbale, ce doit être justifié ». Il faut donc tenter de voir ce qu’il y a derrière la musique, ce qui la justifie.

Et le rock progressif dans tout ça ?
Benoît Bugeïa : Plus ça va, plus on doit inclure de choses dans ce mouvement. Le metal a par exemple élargi de manière considérable les frontières du prog. Et puis, Supertramp, est-ce du progressif ? Il y a peut-être des éléments communs, comme les structures, l’usage des mesures impaires, les capacités techniques… mais ça reste difficile d’avoir les idées claires sur ce sujet.

Parlons de l’album Cycle I qui se présente avant tout comme un bel objet, sobre et élégant. Comme votre musique, non ?
Nicolas Candé : Absolument car l’idée était de faire toujours preuve de « bon sens ». C’est un maître mot pour nous. Le logo de la pochette existe depuis la naissance du groupe. On l’a travaillé pour aboutir à un résultat clair et simple au possible.

Les titres de l’album suggèrent clairement une progression. On part de la mélancolie pour aller vers une ouverture.
Christophe Blondel : On discutait auparavant de progression et c'est vraiment approprié : partir d’un état pour aller vers un autre, en conséquence du précédent ; c’est comme un chemin initiatique.

Quelle est la langue de Setna ?
Natacha Jouët : C’est beaucoup d’onomatopées. Il n’y a pas de sens littéral comme dans le kobaïen que je ne connaissais pas à la base. Quand je suis arrivée dans le groupe, le répertoire était déjà établi et j’ai dû apprendre ce langage qui est plus de l’ordre de l’intention qu’un véhicule capable de donner un sens littéral. C’est un travail sur l’intensité par rapport au thème des titres et de leur évolution.
Nicolas Candé : Si on l’écoute bien, on entend également du français.

Comment s’est passé le travail avec Udi Koomran ?
Nicolas Candé : Udi a masterisé, ce qui signifie qu’au moment où il a eu le disque entre les mains, le mixage était fini. Il a eu assez peu de marge de manœuvre. Il a donc en quelque sorte souligné ce qui était déjà proposé dans le mixage, tout en jouant sur les contrastes.

Faisons un peu de philosophie. Je vais me faire l’avocat du diable : le monde a-t-il vraiment besoin de musique et donc de Setna ?
Nicolas Candé : Le monde a généré ce que nous sommes. Si Guillaume est doué pour le saxophone, il n’y a aucune raison qu’il devienne maçon. Donc si ce groupe existe, c’est que quelque chose l’a amené jusque-là.
Guillaume Laurent : Il y a des musiques porteuses d’espoir. La musique peut également être un refuge, quelque chose qui nous aide selon les circonstances. Heureusement qu'elle a cette vibration. Bref, je trouve que le monde en a besoin, tout comme de l'art en général.
Natacha Jouët : Je trouve que la musique découle directement de la vie. Derrière chaque chose, j’en entends. A l’inverse, il existe aujourd'hui une surabondance engendrée par notre époque de consommation excessive. S’il fallait expliquer la raison pour laquelle je chante dans Setna, c’est justement parce qu’il y a quelque chose de profond dans ce groupe.

Parlez-nous du collectif Sésame et de son ambition.
Nicolas Goulay : Le collectif Sésame regroupe principalement deux formations. La première étant Setna, sur des compositions de Nicolas Candé. La seconde étant Xing Sa pour laquelle je compose.

Quel est le point qui détermine l’esprit collectif ?
Nicolas Goulay : Cette recherche correspond à celle que nous effectuons dans la musique. Les deux formations proposent un cheminement à travers leurs productions. Les écoutes doivent donc se faire d’un bout à l’autre de l’album. C’est comme une histoire, si l’on veut comprendre la fin, il faut la connaître dans son intégralité.
Nicolas Candé : Ce collectif ne demande qu’à s’étoffer et deviendra, nous l'espérons, une entité d’où émergeront d’autres groupes.

Avez-vous le temps d’écouter de la musique ?
Nicolas Candé : J’ai un scoop ! (rires) Sur notre site, nous allons créer une page où se retrouveront toutes nos influences !
Natacha Jouët : J'écoute surtout des musiques latines. Je ressens également une grande affinité avec les musiques de l’Est. J’aime tout ce qui est vocal, ma plus grande référence étant Lisa Gerrard de Dead Can Dance.
Nicolas Goulay : J'apprécie avant tout Chick Corea et son Fender Rhodes, mais aussi Herbie Hancock, Mahavishnu Orchestra et Magma avec Benoit Widemann que j’ai eu l’opportunité de rencontrer. Il a poussé les recherches sonores du Minimoog très loin. J’écoute aussi du Canterbury comme Soft Machine. J’ai également grandi avec Zappa.
Benoît Bugeïa : Je suis un immense fan de musiques progressives. J’écoute tout ce qui se fait et s’est fait, des trucs les plus rares au plus courants : metal, Rock in Opposition, Canterbury, etc. J’aime également beaucoup les musiques de films, le jazz que m’a fait découvrir Nicolas Candé et la world.
Guillaume Laurent : Quant à moi, c'est plutôt du thrash metal ! (rires) Je suis fan par exemple de Slayer et de Dinosaur Jr.. J'apprécie aussi le rock progressif. Curieusement, je ne m’intéresse pas beaucoup aux saxophonistes, exception faite de John Zorn qui regroupe tout ce que j’ai aimé dans la musique.
Christophe Blondel : J’ai débuté la basse électrique avec le jazz et le funk. Je m’intéresse à la musique aborigène et à l’Inde. J’ai même joué du tabla pendant deux ans. Concernant la basse, j’aime beaucoup Jannick Top. Quand j’ai cherché à progresser, il est arrivé avec cet accord très spécifique, en quinte. J’ai alors repris toutes les bases, ce qui m’a ouvert aux instruments acoustiques comme le violoncelle et la contrebasse.
Nicolas Candé : En remontant dans le temps, je me souviens de la musique folk qu'écoutaient mes parents. Par exemple "Doc" Watson qui aujourd’hui encore, à quatre-vingt-dix ans passés, joue sa propre musique. Sinon, j’écoute de la musique celtique, bretonne et du blues également, Woody Guthrie par exemple. Le progressif est venu beaucoup plus tard avec Magma, qui m’a ouvert sur le jazz de Mile Davis et Coltrane. Enfin, j’allais oublier : j’aime Tool. C’est un groupe qui a une démarche assez philosophique. Et puisque l’on parle de musique intelligente, chez les rappeurs, il y a également The Roots !

Un petit truc que vous voudriez dire pour finir ?
Nicolas Candé : Il faut aller dans le sens de la vie, faire preuve de bon sens, ce qui me paraît essentiel et tout ira bien !

Propos recueillis par Christophe Manhès
Photos de Fabrice Journo